1997 : L’appel des 66 cinéastes

« Nous sommes coupables, chacun d’entre nous, d’avoir hébergé récemment – pour des raisons personnelles ou professionnelles – des étrangers en situation irrégulière. Nous n’avons pas dénoncé nos amis étrangers. Et nous continuerons à héberger, à ne pas dénoncer, à sympathiser et à travailler sans vérifier les papiers de nos collègues et amis.

Suite au jugement rendu le 4 février 1997 à l’encontre de Mme Jacqueline Deltombe, « coupable » d’avoir hébergé un ami zaïrois en situation irrégulière, – et partant du principe que la loi est la même pour tous – nous demandons à être mis en examen et jugés nous aussi.

Enfin, nous appelons nos concitoyens à désobéir et à ne pas se soumettre à des lois inhumaines.

Nous refusons que nos libertés se voient ainsi restreintes. »

Cet appel, lancé par des réalisateurs de cinéma, paraît conjointement dans Le Monde  et Libération  datés du mercredi 12 février 1997, et Les Inrockuptibles. La liste des signataires ci-après, arrêtée à la date de parution, s’est considérablement allongée dans les jours qui ont suivi.

Ce texte a par ailleurs été repris par des écrivains, des metteurs en scène de théâtre et comédiens, des musiciens, des artistes, des journalistes, des enseignants-chercheurs, et dans beaucoup d’autres professions. Ce sont au total des dizaines de milliers de signatures qui ont été recueillies contre le projet de loi Debré.

Les cinéastes initiateurs de l’appel ont dissout leur collectif après la manifestation du samedi 22 février 1997, qui a réuni à Paris près de 150.000 personnes, mais ont décidé de continuer à manifester leur rejet de la xénophobisation des lois françaises par des actions individuelles. Le lundi 24 mars 1997, la cinéaste Jeanne Labrune organise une grande rencontre de sans-papiers et d’intellectuels au cinéma Le Trianon à Paris. Le mercredi 26 mars 1997, un fim de trois minutes, Nous, sans-papiers de France, tourné par une quinzaine de réalisateurs, sort dans de nombreuses salles de Paris et de province. Les signataires de l’appel des cinéastes ont par ailleurs constitué un Mouvement des signataires.