Leçon d’histoire, leçon de français, leçon de cinéma (Via Mediapart)

28 juin 2010

Article paru sur le site Mediapart le 25 juin 2010:

Laura Tufféry, historienne, spécialiste d’histoire culturelle, analyse le mouvement des travailleurs grévistes sans-papiers au travers du mouvement cinématographique qui l’accompagne.

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Le 18 juin 2010, place de la Bastille, les travailleurs sans papiers attendaient un texte pour lequel ils se bâtirent un campement aux marches de l’Opéra. Le 18 juin 2010, Nicolas Sarkozy commémorait à Londres les soixante-dix ans de l’appel du général De Gaulle à la résistance et rendait un vibrant hommage à ceux qui se batturent pour la même idée de la liberté, la même idée de la civilisation.
Au-delà de l’éloge forcément amoindri par cette faute dont on ne sait si elle est de frappe, d’appréciation ou d’ignorance, il y avait matière, dans l’actualité, à s’interroger sur la consonance, soixante-dix ans plus tard, du verbe intransitif se battre. Et aussi: à qui ce message supposé entretenir en éveil les esprits s’adressait-il?

Tandis que les Bleus se batturent dans le mitan de la plus grande des cacophonies de leur entraîneur; les travailleurs sans papiers se battirent huit mois durant pour attendre place de la Bastille, au soir du 18 juin 2010, un texte visant à régulariser leur situation de travailleurs sans papiers, contribuables pour la plupart. La commémoration de cette soixante-dixième année de l’appel à la résistance du 18 juin 1940 serait digne du père Ubu ou de Tartuffe si on s’en tenait à cette topographie des faits, des «lieux de la mémoire» et de la langue française.

Pourtant, la France est historiquement une nation contestataire éprise de liberté, de justice et de culture et elle aime à entretenir ses symboles emblématiques, établir des corrélations entre les dates qu’elle n’oublie jamais de commémorer. Nation de la mémoire, contre l’oubli par excellence, elle a donné naissance à un florilège de disciplines et de disciples pour la servir, tels les cinéastes, les intellectuels ou les historiens qui n’ont eu de cesse de produire des œuvres, des films, des textes qui honorent cette tradition de la mnésie collective. Alors, si Ubu à Londres et Tartuffe au ministère du Travail et de l’Immigration étaient incontestablement de la partie pour cette commémoration, les frères Lumière tinrent une place de choix aux marches de l’Opéra Bastille.

Démarré le 12 octobre 2009, le mouvement -qui s’est terminé le 18 juin, en dépit d’un texte qui laisse en suspens une des revendications fondamentales des syndicats, à savoir la durée de séjour en France toujours fixée à 5 ans et la non prise en compte du travail au noir- marque une spécificité dans l’histoire des mouvements sociaux et plus particulièrement dans celle de l’association étroite entre artistes, intellectuels et les luttes sociales en France.

Il faut remonter à la fondation de SOS Racisme par Harlem Désir et au slogan Touche pas à mon pote, en 1984, faisant suite à la Marche des Beurs en 1983, qui avait comme revendication principale une carte de séjour de dix ans, pour trouver un lien de parenté avec le slogan «On vit ici! On bosse ici! On reste ici!» porté par le film manifeste du même nom, film de Christophe Ruggia, Laurent Cantet et Jean-Henri Roger co-signé par le Collectif des cinéastes pour les sans-papiers (au nombre de 350).

Le Collectif des cinéastes pour les sans-papiers a commencé par signer massivement l’appel «Nous les prenons sous notre protection» pour soutenir les travailleurs sans papiers en grève de la rue du Regard. Cet appel, qui ne concernait pas que les cinéastes, répondait à l’urgence de ne pas laisser les grévistes menacés d’expulsion dans leur isolement. Dans le même temps, après quatre mois de grève, le Collectif signe un nouveau film dans la continuité de Nous, sans-papiers de France (1997) et Laissez-les grandir ici! (2007) dont le titre reprend le slogan «On bosse ici ! On vit ici ! On reste ici !».

La première du film a lieu le 22 février 2010 dans un autre lieu emblématique de l’histoire culturelle française, la Cinémathèque, présidée par Costa Gavras, également co-signataire du film, le lundi 22 février 2010.

La présence de cinéastes en renfort ou substitution des clercs n’est pas nouvelle: on se souvient de la mobilisation des cinéastes en février 1997, et de l’appel à la désobéissance contre les lois sur l’immigration lancé par cinquante-neuf réalisateurs de cinéma.

A dessein, il faut donc parler ici d’association, contrairement au soutien qu’apportait jadis la seule caution pétitionnaire de grandes figures intellectuelles emblématiques et tutélaires, et c’est bien la forme et la manière participative des cinéastes qui est inédite dans ce mouvement, tant sur le plan de la mise en place d’une logistique de soutien, notamment financier en amont et en aval (à «l’appel» du 18 juin répond «l’appel» du 18 septembre prochain de Rocks sans papiers: les fonds du concert seront reversés aux travailleurs grévistes sans papiers) que du choix de filmer ainsi que sur le parti pris «cinématographique» des cinéastes.

Cette originalité du coude-à-coude entre des cinéastes et des travailleurs grévistes sans papiers est donc aussi à rapprocher de la spécificité de ce mouvement qui dévoile les visages et porte les voix de travailleurs dont la plupart sont originaires de l’Afrique noire et de la Chine, nations souvent «oubliées» ou dont la culture, dans l’imagerie d’Épinal, est associée à des sans papiers, sans visages et sans voix.

C’est bien l’imbrication, et l’apport de l’un à l’autre, qui donne à ce mouvement des travailleurs sans papiers sa force, son unicité et constitue d’ores et déjà un précédent tant sur le plan de l’histoire sociale que sur celle du cinéma français. Car si les travailleurs sans papiers ont bénéficié du soutien des cinéastes et d’une caméra qui métamorphose leur parole et les rend acteurs de leur propre combat, le cinéma s’est posé la question du réel et de la responsabilité du cinéaste dans le choix du comment filmer.

Le dernier temps de ce long mouvement de grève, l’occupation des marches de l’Opéra place de la Bastille, a bénéficié d’un tournage réalisé par Luc Wouters, un des 350 signataires du collectif, à la façon des Frères lumières, Les Minutes des marches, dont ce texte est émaillé, qui met en situation un travailleur sans papiers avec une personnalité ou un anonyme, ainsi que les minutes relatant la vie du campement bâti avec les moyens de bord et où la vie s’organise, dans le calme, l’ordre malgré la fatigue de huit mois de grève.

La prise de parole citoyenne des sans-papiers, loin des slogans, de toute euphorie bon enfant, s’organise, se structure, se découvre, s’amplifie au gré des rencontres, des photos de groupe avec des personnalités du monde artistique intellectuel ou politique et syndical.

La caméra cadre volontairement dans des plans resserrés, des face-à-face, des côtes à côtes, où l’un rencontre l’autre, dans un échange libre, en sachant éviter l’écueil d’un exercice où l’un, supposé maîtriser la parole, aurait pu aboutir à un propos ethnographique, voire anthropologiste tendancieux.

Loin de là, émerge une parole qui circule de l’un à l’autre, et ces minutes cinématographiques, tout comme le parti pris du court On bosse ici! On vit ici! On reste ici!, ne prétendent nullement à une esthétique supposée donner une certaine forme de superbe à un mouvement social; bien au contraire, elles n’en restituent que l’authenticité et la dignité.

La performance réussie est celle d’une caméra qui, de ne pas être intrusive et de laisser se produire des rencontres, met en relief l’entière souveraineté des grévistes sans papiers -coincés entre le symbole de la liberté et celui de marches qui leur sont interdites par des cordons policiers- et celle des personnes qui viennent à la rencontre d’un mouvement qui, sorti de son isolement, prend de son autonomie, et où la force des individualités émerge. Il est probable que Jean Rouch n’aurait pas désavoué ce cinéma du réel qui n’est pas sans référence à Chronique d’un été : Paris 1960.

L’apprentissage de la justice, l’appropriation et l’affirmation de son identité, indissociables de la notion de dignité humaine, passent par un certain regard de l’autre.

Fi des tentes improvisées où l’on dort sous la pluie, on se relaie pour accueillir les soutiens anonymes ou pas, on improvise des danses parce que danser, comme regarder un match de football, est souvent ce qui permet, dans de nombreux pays pauvres, de combattre une situation précaire, de la supporter et de la transcender.

Ni vus ni voyeurs, ni victimes ni porte-paroles, ni glose ni charabia. Au soir du 18 juin 2010, au même moment où d’autres se batturent dans la confusion des déclarations patronales soutenant les travailleurs sans papiers puis des ministères de l’immigration et du travail, des travailleurs sans papiers, pour la plupart originaires du Mali et du Sénégal, levaient en moins d’une heure leur campement à l’issue de négociations syndicales qui constituent déjà une belle avancée. Mais l’important, l’inédit est ailleurs.

La place de l’Opéra Bastille désormais désertée, on venait d’assister à une belle leçon d’histoire, de français et de cinéma.

Ceux qui se battirent durant huit mois pour leurs droits et leur dignité, bâtirent un discours qui a le mérite d’exposer en un français et une syntaxe claire et concise, on vit ici, on bosse ici, on reste ici, le dénominateur commun de toute démocratie, de toute nation, de tout État de droit qui se respecte et s’appuie sur son histoire et ses symboles de soutien aux opprimés, inscrits dans l’inconscient collectif : la dignité.

Laura Tufféry, historienne, spécialiste d’histoire culturelle.

Source: http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/250610/lecon-dhistoire-lecon-de-francais-lecon-de-cine

De la Bastille à Bercy

28 juin 2010

Chers amis,

ci-joints deux messages reçus de Richard Moyon (du RESF).

Cordialement,
Le Collectif des cinéastes pour les « sans-papiers »

24 juin 2010.
Tous les « sans-papiers » grévistes vont recevoir un document autorisant leur séjour et le travail jusqu’au 30 septembre en attendant l’examen de leur dossier. Ça laisse bien augurer de leur régularisation + ce qu’ils ont arraché pour tous les « sans-papiers » salariés. C’est la victoire de leur courage impressionnant. Mais c’est aussi celle de la solidarité dont la vôtre/tienne. Bravo et merci. On continue.
Richard Moyon

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23 juin 2010.
Quelques informations à celles et ceux qui ont manifesté leur solidarité aux travailleurs sans papiers en grève et qui envisagent de continuer en apportant leur appui au concert prévu à Bercy le 18 septembre.

Quelques indications sur les résultats des négociations entre le ministère de l’identité nationale et les syndicats (CGT, CFDT, Solidaires, FSU,  UNSA).
Un point, décisif : les 6000 grévistes vont avoir un document leur permettant de travailler. Tout n’est pas ficelé mais il semble que les choses sont bien engagées.
Sur le reste, il y a des avancées mais aussi des insuffisances.
Le texte qui a été publié est un complément à la circulaire ministérielle de novembre dernier, pas une nouvelle circulaire donc et encore moins un décret. Le ministère assure qu’il sera néanmoins contraignant pour les préfectures mais ça dépend de son bon vouloir. Une commission à laquelle des représentants syndicaux participeront suivra l’application du texte.
Il est envisagé la régularisation des travailleurs pouvant présenter 12 bulletins de salaire sur les 18 derniers mois, 2 ans pour les intérimaires. On aurait préféré 2 ans et même 36 mois, mais c’est quand même un progrès.
Il semble que les femmes travaillant dans l’aide à la personne doivent être régularisées si elles peuvent présenter un ou des contrats d’embauche pour un minimum de 20h par semaine, et 30 heures lors du renouvellement de leur titre.
Pour les travailleurs au noir, les discussions continuent mais, pour l’heure, rien de plus.
En réalité le coup de Jarnac de Besson a été d’assortir ces mesures de l’exigence d’une durée minimum de séjour de 5 ans dont il n’avait jamais été question dans les discussions antérieures. Ca limite la portée de tout le reste, même s’il semble que ça ne doive pas s’appliquer aux grévistes.
Au total, mon impression (la mienne, pas forcément celle de tous les acteurs) est d’abord que les grévistes sont satisfaits : ils estiment avoir gagné leur propre régularisation et marqué des points en contraignant le ministère à discuter et à concéder des dispositions qui limitent l’arbitraire préfectoral et permettront la régularisation de nombreux travailleurs.
Cela étant, il reste évidemment beaucoup à faire. Merci à toutes et à tous de l’aide apportée et de la solidarité dont vous avez témoigné au long de ces mois de combat. On continue.
Richard Moyon (RESF) 06 12 17 63 81

PS. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait : l’Appel du 18 septembre pour le concert à Bercy à la même date est à signer sur le site www.rocksanspapiers.org (n’oubliez pas de préciser vos qualités et, si possible, doublez votre signature en ligne d’un mail à getmr@wanadoo.fr ). Les éventuels bénéfices du concert seront reversés aux anciens grévistes qui, après 8 mois et demi de lutte en auront bien besoin !
Et n’oubliez pas de parler de ce concert en tout lieu et en toute circonstance et encore plus à chaque fois que passe un micro !
Enfin, prenez vos places au plus tôt !

ROCK SANS PAPIERS - PARIS - BERCY

Une victoire pour les travailleurs « sans-papiers »

22 juin 2010

Chers amis,

Le combat des « sans-papiers » n’est évidemment pas terminé, loin de là, mais une victoire est une victoire, et celle que viennent de remporter les travailleurs sans papiers en grève depuis plus de huit mois est aussi exemplaire que leur lutte l’a été. Ils étaient 3500 grévistes, hier, au siège de la CGT, à exprimer leur joie. Merci à tous ceux qui les soutenus. On continue. Concert de solidarité aux travailleurs et aux familles sans papiers le 18 septembre à Bercy. Appel à signer.
Voir le site : www.rocksanspapiers.org

Cordialement,
Le Collectif des cinéastes pour les « sans-papiers »

Salariés sans-papiers: le gouvernement accepte « les ajustements techniques » (via AFP)

20 juin 2010

Salariés sans-papiers: le gouvernement accepte « les ajustements techniques »
(AFP) – (18 juin 2010)

PARIS — Le gouvernement a accepté vendredi de « déterminer les ajustements techniques nécessaires » à l’harmonisation des critères de régularisation par le travail des salariés sans papiers après une réunion avec les syndicats, selon un communiqué du ministère de l’Immigration.
Après une quatrième réunion depuis le 14 mai et près de six heures de pourparlers, le gouvernement a admis « des difficultés d’application de la circulaire » émise le 24 novembre 2009 sur la régularisation par le travail.
« L’échange autour des bilans respectivement établis a permis de détecter des difficultés d’application de la circulaire et de déterminer les ajustements techniques nécessaires », a indiqué le ministère dans son communiqué.
« Ces ajustements permettront de traiter dans les meilleurs délais chacun des dossiers présentés, de mieux tenir compte des spécificités de certains secteurs professionnels (intérim, nettoyage, aide à la personne), et dans les mêmes secteurs de prendre en considération les contrats à venir avec plusieurs employeurs pour atteindre une durée mensuelle de travail garantissant une rémunération au moins égale au Smic », selon le communiqué.
Dans un document qui sera adressé aux préfectures, le ministère précise que la durée d’ancienneté d’activité salarié retenue pour la régularisation est de douze mois dans les 18 derniers mois précédents le dépôt de la demande, sous réserve que l’intéressé justifie d’au moins six mois d’activité salariée dans les douze mois.
« Pour les intérimaires la période de référence est de 24 mois », précise l’addendum au guide de bonnes pratiques devant guider les préfectures.
Ce dispositif sera applicable jusqu’au 31 mars 2011 et un bilan établi « au plus tard au 1er juillet 2011″, précise le ministère.
Soutenus par un collectif de onze associations et syndicats, qui interpelle le gouvernement français depuis octobre, plusieurs milliers de salariés sans papiers se sont mis en grève pour réclamer des critères clairs de régularisation par le travail, les textes actuels donnant lieu à une interprétation variable selon les préfectures.
On estime officiellement entre 200.000 et 400.000 le nombre d’étrangers sans papiers en France, dont, selon le ministère de l’Immigration 6.000 salariés, un chiffre qualifié de fantaisiste par la CGT.

Copyright © 2010 AFP.

Salariés sans papiers: le gouvernement lâche du lest, la Bastille évacuée (via AFP)

20 juin 2010

Salariés sans papiers: le gouvernement lâche du lest, la Bastille évacuée

De Claudine RENAUD et Amer OUALI (AFP)

 Des sans papiers nettoient les lieux après leur évacuation de la Bastille le 18 juin 2010.

Des sans papiers nettoient les lieux après leur évacuation de la Bastille le 18 juin 2010.

PARIS — Le gouvernement, confronté depuis l’automne à une mobilisation des travailleurs sans-papiers, a accepté vendredi des « ajustements » pour harmoniser les critères de régularisation par le travail à l’application problématique selon les syndicats et une partie du patronat.
A l’issue d’une réunion marathon avec les syndicats, qualifiée de « sérieuse » et « positive » par la CGT, un millier de salariés sans papiers en grève, qui campaient depuis trois semaines devant l’Opéra Bastille à Paris, ont évacué les lieux, a constaté un photographe de l’AFP sur place.
La plupart sont originaires d’Afrique noire, mais aussi de Chine, et vivent en France depuis des années où ils travaillent et ont des fiches de paye.
Quatrième réunion depuis le 14 mai, le dernier rendez-vous au ministère de l’Immigration en présence de représentants du ministère du Travail, a conduit le gouvernement à reconnaître des « difficultés d’application de la circulaire » du 24 novembre 2009 sur la régularisation par le travail, elle-même une première réponse au mouvement de grève.
« L’échange autour des bilans respectivement établis a permis de détecter des difficultés d’application de la circulaire et de déterminer les ajustements techniques nécessaires », a indiqué le ministère de l’Immigration.
Par exemple, le ministère reconnaît que « le traitement n’est pas homogène » pour ce qui concerne la liste des métiers ouvrant droit à une régularisation, au nombre de 30 pour les ressortissants non communautaires.
Cette évolution du gouvernement intervient au lendemain de l’arrestation à Orléans d’une figure emblématique des sans-papiers, Abou N’Dianor, professeur de math d’origine sénégalaise, connu pour avoir dénoncé les conditions d’enfermement en centres de rétention. Il a été libéré vendredi pour vice de forme dans la procédure, muni d’une autorisation de circuler d’une semaine.
Après un premier mouvement en Ile-de-France en 2008, grèves et occupations de sites ont repris depuis octobre 2009, faisant apparaître au grand jour de nombreux secteurs employant de la main d’oeuvre démunie de titre de séjour : l’intérim, le nettoyage, le BTP, l’aide à domicile mais aussi dans les cuisines de grands restaurants, des fournisseurs de grands commanditaires publics, etc.
Depuis mars, le sujet n’est plus un tabou pour certains dirigeants patronaux (ANDRH, Ethic, CGPME, Veolia Propreté) qui réclament eux aussi une clarification des règles de régularisation pour motif professionnel alors que le gouvernement est engagé dans une politique de maîtrise des flux migratoires.
Les ajustements envisagés par le ministre de l’Immigration Eric Besson sont censés permettre d’accélérer les dossiers. Mais aussi « de mieux tenir compte des spécificités de certains secteurs professionnels (intérim, nettoyage, aide à la personne) » et de donner leur chance à des personnes travaillant chez différents employeurs, notamment comme nounou ou auxiliaire de vie, pourvu qu’elles arrivent à cumuler suffisamment d’heures pour totaliser un Smic.
Le nouveau dispositif sera évalué trimestriellement avec les syndicats.
Pour autant, une « grosse ambiguïté » demeure, selon Raymond Chauveau (CGT) car le ministère de l’Immigration continue de considérer l’ancienneté en France, sous-entendu y compris les périodes de travail au noir.

« M. Besson a du mal à être conséquent. En procédant de cette façon-là, il roule pour les patrons voyous. Soit on prend en compte le temps de présence en France, soit on prend en compte les feuilles de paye », a dit M. Chauveau.

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Rappel : PHOTO à 15h sur les marches de l’OPÉRA BASTILLE

13 juin 2010

Chers tous et toutes,

Le rendez-vous de vendredi au Ministère de l’Immigration s’est extrêmement bien passé selon la CGT. Il semble qu’une issue soit enfin trouvée pour les 6500 travailleurs sans papiers en grève et, plus largement, pour les autres « sans-papiers » travaillant en France. Il est bien sûr trop tôt pour crier victoire, le texte officiel ne devant être révélé que vendredi prochain, mais il est d’autant plus nécessaire de se rendre à la Bastille, pour ceux qui le peuvent, afin de soutenir les grévistes qui continueront de camper devant les marches de l’Opéra jusqu’à vendredi prochain et la parution du texte qui – si le gouvernement se tient à ce qui a été négocié aujourd’hui – pourrait changer leur vie… En tout cas, vendredi soir, il y avait fête à la Bastille.

Artistes, cinéastes, intellectuels, personnalités associatives, syndicales et politiques, militants, sympathisants et élus, citoyens et citoyennes,
en témoignage du rejet par la société de la politique de Besson,

TOUS A LA PHOTO DE FAMILLE
AUX MARCHES DU PALAIS DE L’OPERA DE LA BASTILLE
EN SOUTIEN AUX GREVISTES SANS PAPIERS
DIMANCHE 13 JUIN à 15H.

Cordialement,
Le collectif des cinéastes pour les « sans-papiers »

NOUVELLE PHOTO DE SOLIDARITÉ DIMANCHE 13 JUIN À 15H

10 juin 2010

Chers tous et toutes,

nous nous associons à ce message et cet appel de Richard Moyon (RESF) :

Merci à toutes celles et ceux qui sont venus dimanche dernier apporter leur soutien aux grévistes sans papiers sur les marches de l’Opéra Bastille temporairement reconquises sur les forces de police. Du soleil, de l’émotion, de la solidarité. Je crois que ceux qui sont venus ne l’ont pas regretté. De nombreux grévistes m’ont chargé de vous transmettre leurs remerciements émus.

Les négociations s’ouvrent vendredi 11 juin dans l’après-midi : c’est le moment de pousser !

Artistes, cinéastes, intellectuels, personnalités associatives, syndicales et politiques, militants, sympathisants et élus, citoyens et citoyennes, en témoignage du rejet par la société de la politique de Besson,

TOUS A LA PHOTO DE FAMILLE
AUX MARCHES DU PALAIS DE L’OPERA DE LA BASTILLE
EN SOUTIEN AUX GREVISTES SANS PAPIERS
DIMANCHE 13 JUIN à 15H.

Cordialement,
Le collectif des cinéastes pour les « sans-papiers »
Photos et vidéos du dimanche 6 juin à voir sur le site : www.rocksanspapiers.org

Du nouveau à la Bastille (via grevesanspapiers.blogspot )

8 juin 2010

Deux jours riches sur le piquet des piquets de la place de la Bastille. Dimanche, après un orage diluvien, les travailleurs sans papiers grévistes ont eu juste le temps de se sécher avant d’accueillir une trentaine d’artistes venus faire une photo de solidarité sur les marches de l’opéra Bastille.La direction de l’opéra avait accepté le temps de la prise de vue de redonner l’accès de l’escalier tant disputé depuis quelques jours.

C’est donc dans une jolie cohue qu’une centaine de grévistes ont repris pied sur les marches avec en autre Josiane Balasko, Jacques Higelin, Fanny Cottençon, Ariane Ascaride, Emilie Loizeau, Romain Goupil et Christophe Ruggia. Au bout d’une demie heure et après les prises de parole d’usage, la troupe a joyeusement cédé la place aux gendarmes mobiles, sans violence cette fois.
A noter que cette photo lançait aussi la mobilisation pour le concert « rock sans papiers » qui sera organisé le 18 septembre à Bercy au profit des travailleurs et familles sans papiers.
Le lendemain,  après une journée d’attente, Raymond Chauveau annonçait qu’une nouvelle réunion de négociations aurait lieu vendredi prochain avec les ministères du travail et de l’immigration.
Chacun, sur le parvis de l’opéra, attend aujourd’hui impatiemment les résultats de cette rencontre, espérant que cette lutte de 8 mois apportera les critères de régularisation espérés. Une attente mise à profit pour recueillir les cerfas (promesse d’embauche) qui manque encore à l’appel pour certains camarades.
La détermination des grévistes ne faiblit pas et ils sont toujours plusieurs centaines à dormir à la Bastille chaque nuit. Les matins se ressemblent : lever vers 5 heures, nettoyage du parvis et petit déjeuner. puis les discussions s’engagent avec la lecture de la presse, dérangée parfois par une sirène ou un gyrophare. Depuis jeudi, les grévistes sont plus méfiants à l’écoute de certains bruits. Le véhicule suspect passé, on se replonge dans les quotidiens qui parlent plus souvent que d’habitude de la grève, et cette fois dans les pages sociales. Ce conflit de travailleurs exigeant les mêmes droits que n’importe quel salarié semble arriver à son terme. Les patrons ont rempli les promesses d’embauche, les grévistes ont tenu le coup et par leur courage ont amené une très large partie de la société française à les soutenir. Il ne manque que la signature d’Eric Besson pour rendre justice à ces femmes et ces hommes qui méritent toute notre admiration.

Source : http://grevesanspapiers.blogspot.com/2010/06/du-nouveau-la-bastille.html

Quand les patrons soutiennent les travailleurs sans papiers (via Le Monde.fr)

8 juin 2010
Quand les patrons soutiennent les travailleurs sans papiers
LEMONDE.FR | 07.06.10 | 15h02  •  Mis à jour le 07.06.10 | 20h21

lusieurs centaines de travailleurs sans papiers occupaient toujours, lundi 7 juin, le trottoir situé devant l’Opéra Bastille, à Paris, malgré l’intervention de la police censée les en déloger jeudi. La quarantaine d’entre eux qui avaient fait l’objet d’une interpellation ont été relâchés et sont revenus depuis. « On est en bas des marches. On ne bouge plus. On est prêts à reprendre les négociations tout de suite », explique Raymond Chauveau, coordinateur du mouvement au sein de la CGT.

Près de huit mois après le déclenchement de leur grève, en octobre 2009, les travailleurs sans papiers ne désarment pas. Avec les onze organisations qui les soutiennent (parmi lesquelles la CGT, la CFDT, Solidaires, la Cimade et Droits devant), ils réclament la définition de critères clairs de régularisation par le travail.

Lors de deux réunions organisées en mai, le ministère de l’immigration a renvoyé ses interlocuteurs à la circulaire édictée par Eric Besson, le 24 novembre, promettant de procéder à une « évaluation » de son application. Ce document précise les critères de régularisation par le travail : au moins cinq ans de présence sur le territoire français, un an d’ancienneté dans une entreprise et une promesse d’embauche, l’examen des demandes de régularisation se faisant « au cas par cas ».

Un texte que les « onze » ne cessent de dénoncer, appuyés par une partie des employeurs qui acceptent de sortir du bois sur ce sujet risqué. Car les chefs d’entreprise redoutent de se voir reprocher l’embauche de travailleurs clandestins, ce qui les expose à des sanctions pénales et financières. D’autant que le projet de loi Besson sur l’immigration, l’intégration et la nationalité, qui sera débattu à l’Assemblée nationale à la rentrée, prévoit de les alourdir et d’exposer les entreprises concernées à une fermeture administrative de six mois. Autrement dit, c’est la menace de devoir mettre la clé sous la porte pour les plus petites d’entre elles. En outre, ces entreprises seraient exclues des commandes des marchés publics.

A plusieurs reprises, Pascal Decary, le directeur des ressources humaines de Veolia propreté, poids lourd du secteur du ramassage des déchets, a reproché à la circulaire d’Eric Besson de ne pas fournir de « critères précis » à la régularisation par le travail : « La circulaire n’est pas appliquée de la même façon d’un salarié à l’autre, car son interprétation varie selon les préfectures », regrettait-il dans une interview aux Echos, fin mai. « Les entreprises ont besoin de critères clairs de régularisation pour garantir une équité de traitement », ajoutait-il.

20 000 SALARIÉS, 80 NATIONALITÉS

Derichebourg Multiservices, autre société du secteur, a fait le même constat. L’entreprise, cotée en Bourse, emploie vingt mille salariés en France, dont treize mille dans la propreté. On y dénombre quatre-vingts nationalités. « C’est en 2007, lorsqu’a été imposée l’obligation légale de vérification des titres de séjour de nos salariés étrangers, que nous nous sommes rendu compte de l’ampleur du phénomène », explique Brigitte Naud, directrice des relations sociales de l’entreprise. Nombre de documents retournés par les préfectures s’avèrent alors être des faux, dans une proportion qui n’a « rien de marginal », précise-t-elle. Le groupe ouvre des procédures de départ. Mais rapidement, alors qu’a démarré le premier mouvement de grève des salariés sans papiers, en avril 2008, il doit faire face à l’occupation de son siège de Boissy-Saint-Léger.

« Cela nous a conduits à murir une réflexion [sur l'emploi de personnes sans papiers], confie Sophie Moreau-Follenfant, directrice des ressources humaines de Derichebourg. Pourquoi des personnes qui donnaient satisfaction à titre professionnel et qui étaient depuis longtemps dans l’entreprise devaient faire l’objet d’une mesure aussi violente qu’un licenciement ? » L’entreprise décide de déposer et d’appuyer une centaine de demandes de régularisation. « On s’est rendu compte que d’une préfecture à une autre, les critères n’étaient pas les mêmes, explique-t-elle. Nous pouvions avoir deux salariés en situation strictement identique, en termes d’ancienneté et de durée de présence en France, qui se voyaient, pour l’un, refuser une régularisation, pour l’autre, accepter. »

TEXTE COMMUN

Par ailleurs, l’entreprise s’investit dans l’élaboration d’une « approche commune ». Il s’agit d’un document arrêté en mars dernier, entre syndicats et certains représentants patronaux (dont la Confédération des petites et moyennes entreprises). Reconnaissant que « l’emploi d’étrangers sans titre de séjour est une réalité économique aujourd’hui dans notre pays », ce texte énonce des « propositions » pour la définition des critères et des procédures de régularisation de salariés par le travail. « Un texte commun avec le patronat, ce n’est tout de même pas fréquent », fait remarquer Raymond Chauveau.

L’association d’entrepreneurs Ethic, en pointe sur ce dossier, a hébergé dans ses locaux les négociations sur cette « approche commune ». « Ce n’est pas notre vocation de gérer les questions d’immigration en France, explique son vice-président, Léonidas Kalogeropoulos. Mais nous essayons de privilégier une régularisation pour ceux qui ont un emploi depuis longtemps et qui apportent de la richesse au pays. »

« PRIME À LA CLANDESTINITÉ »

Le mouvement Ethic, qui a été reçu à deux reprises au ministère de l’immigration, voit une autre « anomalie » dans la circulaire du gouvernement : « Il y a une exigence d’une année d’activité dans l’entreprise et de cinq ans de présence sur le territoire, poursuit M. Kalogeropoulos. C’est-à-dire cinq années à échapper aux contrôles de police. Donc si vous avez passé trois ans dans l’entreprise, mais que vous ne pouvez pas prouver que vous avez passé deux autres années dans la clandestinité, vous n’êtes pas régularisé. Cette prime à la clandestinité, on a du mal à la comprendre. »

Hugo Lattard

Source :  http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/06/07/le-soutien-de-chefs-d-entreprises-aux-travailleurs-sans-papiers_1368052_3224.html

Sur les marches de l’opéra Bastille (via www.rocksanspapiers.org)

7 juin 2010

Le 6 juin 2010 à 15 heures : Plusieurs dizaines d’artistes et personnalités diverses, de Jacques Hileglin à Josiane Balasko, en passant par Serge Portelli, Didier Wampas, Valérie Lang, Serge Hefez, Carole Achache, Aurélien Legrand… ont répondu présent et sont venus exprimer leur solidarité avec les travailleurs sans-papiers en grève, sur les marches de l’Opéra-Bastille : là-même où ils avait été violemment délogés 3 jours avant par les forces de police après une occupation de cinq jours. Ils sont toujours là, sur la place de la Bastille. Venez vous aussi les soutenir.

DANS CETTE VIDEO : Après des représentants des travailleurs sans-papiers chinois et africains, c’est au tour de Josiane Balasko de porter la parole des ces artistes et intellectuels.

Voir aussi : la revue de presse

Source:  http://www.rocksanspapiers.org/Sur-les-marches-de-l-Opera.html